
Intervention d’Anne Demelenne
Secrétaire générale de la FGTB
Heysel
16/11/2007
Comme vous, nous sommes inquiets. Inquiets de voir les prix flamber. Chaque jour qui passe nous apporte sa moisson de hausses.
Un jour c’est le pain, l’huile, le lait, puis le diesel, le mazout, l’essence, le gaz, l’électricité, les tarifs de chemin de fer, puis encore le diesel … Sans oublier les loyers qui grimpent toujours plus haut.
Ce n’est plus une valse des étiquettes, c’est une ronde infernale ! L’argent file entre les doigts.
Heureusement qu’on a l’indexation automatique des salaires et des allocations sociales. Sans l’index, ce serait pire. Jamais on ne lâchera cet outil qu’on nous envie à l’étranger et que les employeurs veulent au contraire nous enlever et qui permet aux revenus en général de ne pas décrocher des prix.
Mais l’index ne suffit pas. La hausse des prix touche plus durement les petits revenus puisque on sait que les produits de première nécessité, le loyer, le chauffage pèsent plus sur leur budget. Il faut aider ces ménages. Empêcher que les écarts ne se creusent entre les petits et les hauts revenus.
Que fait le gouvernement ? Il est aux abonnés absents ! On dit ” en affaires courantes ” mais cela revient au même. Même en affaires courantes, le Gouvernement ne prend pas les mesures qui sont à sa portée si ce n’est cette baisse ridicule, presque insultante, de 1 centime au litre sur le diesel.
Cela va faire six mois que l’on a voté et il n’y a toujours personne à la barre du pays. Il faut que cessent les querelles communautaires. Il faut désamorcer la bombe. Comme nous l’avons dit et répété, les travailleurs n’ont rien à gagner dans une nouvelle réforme de l’Etat qui mettrait à mal la formation des salaires, la sécurité sociale, la législation du travail et du chômage.
Il faut agir et vite: l’inflation n’est pas une fatalité. Il y a des mesures à prendre d’urgence pour la maîtriser, pour limiter les hausses de prix et pour en limiter l’impact sur les revenus des ménages.
Le prix du litre de mazout a presque atteint 70 centimes. C’est plus qu’en 2006 !
Qu’attend-on pour imposer un prix maximum des carburants? Il faut aussi :
- élargir l’accès au Fonds social Mazout aux revenus jusqu’à 20.000 € brut/an au lieu des 13.246 € actuellement pour l’allocation gasoil de chauffage;
- octroyer un chèque chauffage à charge du secteur pétrolier et d’Electrabel-Suez;
- mettre à contribution le secteur de l’Energie et financer le fonds énergie pour aider les moins nantis à isoler leurs maisons et faire baisser leur facture de chauffage;
- donner à la Commission de contrôle du gaz et de l’électricité le pouvoir d’imposer des tarifs raisonnables compte tenu des bénéfices énormes des producteurs d’électricité et de l’amortissement - payé par nous, consommateurs - des centrales nucléaires;
- contrôler véritablement les loyers!
Les prix grimpent, les gens ont des fins de mois difficiles, et tout ce que les employeurs
trouvent à dire, c’est :
- Qu’il faut modérer les salaires !?
- Qu’il faut supprimer l’indexation !
- Que les travailleurs belges coûtent trop cher !
- Qu’il faut se serrer la ceinture !
S’il y a quelque chose qui coûte trop cher, ce sont les réductions de cotisations et les avantages fiscaux dont les employeurs oublient de parler. Si on met bout à bout les réductions de précompte, les réductions de cotisations sur le travail de nuit et en équipe, les réductions de cotisations sur les heures supplémentaires et les intérêts notionnels, les employeurs ont reçu 2,6 milliards. Au prix actuel, c’est 1000 litres de mazout pour chacun des ménages belges !
Et on nous dit qu’il n’y a pas d’argent ? Les bénéfices des 20 premières entreprises cotées en bourse ont fait un bond de 38 % en deux ans ! Et on nous dit que les entreprises vont mal ?
La part des salaires dans le Produit intérieur brut par rapport aux autres revenus, dont ceux du capital, est passée pour la première fois en dessous des 50 %. Et on nous dit que les salaires sont trop élevés ?
Ce n’est pas ce que dit l’étude de la société de marketing GFK qui montre que le pouvoir d’achat des Belges est tombé à la 12e place sur 14 au classement européen.
Ce n’est pas ce que dit le rapport du CCE qui montre que nos salaires ont augmenté moins vite que ceux de nos voisins et qu’il n’y a plus d’écart salarial.
Les employeurs utilisent les chiffres qui les arrangent. Je suis désolée de lui dire que les bons chiffres sont ceux qu’elle a elle-même validés en approuvant le rapport du Conseil central de l’économie.
Elle oublie de dire par contre que nombre d’employeurs n’ont pas rempli leurs engagements pour ce qui est des efforts de formation, de recherche, d’innovation et qu’ils cherchent ailleurs que chez eux, les causes de leur manque de compétitivité.
Les employeurs comptent sur le prochain gouvernement pour faire passer leurs revendications.
Cela fait maintenant plus de 5 mois que la crise politique paralyse le pays. Après un informateur, un démineur, un formateur, un explorateur, de nouveau un formateur, puis deux réconciliateurs, il n’y a toujours pas de décideur.
La longueur de la crise provoque l’inquiétude chez nos camarades syndicalistes de la CES. Ils s’interrogent sur le fonctionnement de notre démocratie et prennent comme un mauvais signe les ruptures de solidarité à l’œuvre dans ce pays.
Les employeurs comptent sur l’orange bleue pour faire passer leurs revendications. Elles se trouvent, en effet, dans le programme de l’Orange-bleue :
- un Pacte des générations bis qui remettrait en question l’âge de la pension à 65 ans en liant la retraite aux années de carrière plutôt qu’à l’âge. Ce serait catastrophique pour les temps partiels et les chômeurs qui ne pourront jamais prétendre à une carrière complète, c’est-à-dire à une pension décente;
- une modération salariale de 2 % accompagnée d’une plus grande flexibilité via l’intérim, les heures supplémentaires;
- un système d’épargne temps qui obligerait chacun à travailler plus pour prendre des congés plus tard, c’est-à-dire à prendre en charge individuellement ce qui l’est actuellement par la collectivité;
- une nouvelle baisse de l’impôt des sociétés et une nouvelle réforme fiscale supposée favoriser les bas et moyens revenus mais dont on sait qu’elle finira par profiter aux plus élevés. C’est eux que Mr Reynders veut protéger avec son ” bouclier fiscal “;
- une liaison au bien-être des allocations sociales en deçà de ce que nous avons obtenu sous Verhofstatdt II, c’est-à-dire qu’elle serait limitée aux pensions, aux allocations familiales et aux indemnités d’invalidité;
- une limitation dans le temps et/ou une dégressivité des allocations de chômage avec un renforcement des contrôles : la chasse continue….Ce n’est pas en ouvrant une fois de plus la chasse aux chômeurs que l’on crée des emplois. Pour créer des emplois, il faut innover, développer la recherche, améliorer -et prendre en charge- la formation.
Les employeurs ont réussi, avec les intérêts notionnels, à faire baisser le taux réel de l’impôt des sociétés de 33 à 25 %. Elles réclament de nouvelles baisses de cotisations sociales. De nouvelles réductions d’impôts. Pour nous, il n’en est pas question.
Oui, il faut une réforme fiscale. Mais pour les petits revenus. Pas pour ceux qui n’en ont pas besoin. Pas pour permettre à ceux-là d’augmenter leur capacité d’épargne, d’investir dans l’immobilier et de profiter de la hausse des loyers.
Il faut une réforme fiscale pour les petits salaires mais aussi pour les salaires moyens qui sont toujours trop hauts pour bénéficier de certains avantages, comme les bourses d’études, les réductions d’ONSS, mais trop justes pour faire face au coût de la vie. J’en veux pour preuve le nombre de personnes surendettées qui augmente chaque année. Ils sont 338.000 en Belgique à ne pas pouvoir rembourser leurs emprunts.
Nous avons obtenu dans l’Accord interprofessionnel le relèvement du salaire minimum de 2 X 25 EUR. Ça fait 4 % en plus de l’index. C’est un premier pas. Il faut aller plus loin.
Nous faisons dans ce sens une proposition de crédit d’impôt social. Ce crédit d’impôt permettrait de relever le salaire poche de 83 EUR nets par mois pour les bas salaires.
C’est 8 % d’augmentation.
Relever les bas salaires est une nécessité. C’est déjà difficile pour un ménage à deux revenus de faire face à toutes les dépenses. Pour les isolés, pour les jeunes qui entrent sur le marché du travail, pour les familles monoparentales, dont le nombre augmente sans cesse, pour les temps partiels -surtout les femmes- qui cumulent bas salaire et horaire complet, le travail ne suffit pas pour échapper à la pauvreté !
Ce qu’il nous faut aussi, c’est un relèvement des allocations sociales les plus basses
qui restent en dessous du seuil de pauvreté et qui sont aussi parmi les plus basses d’Europe.
Pour eux, l’index ne suffit pas. Il faut des mesures ciblées de soutien aux petits revenus.
Et surtout renforcer notre sécurité sociale pour garantir à chacun un revenu de remplacement digne de ce nom.
Nous voulons maintenir notre système d’assurance solidaire. Pas glisser vers un système d’assistance pour les uns et des compléments pour ceux qui peuvent se les payer.
Nous voulons de bonnes pensions légales garanties sur le long terme ; de vraies indemnités de chômage.
Ce que nous voulons, c’est un rattrapage pour les allocations sociales qui ont depuis longtemps décroché des salaires et une liaison automatique au bien être.
Vous êtes venus nombreux et je vous en remercie.
Nous sommes ici pour lancer un message au monde politique : il est temps qu’il arrête de contempler son nombril et qu’il s’occupe des vrais problèmes des gens. Ce que nous réclamons, au-delà des euros et des centimes, c’est la justice. On ne peut pas continuer à tolérer qu’une partie de la population s’enfonce dans la pauvreté.
Que les revenus du travail assurent de moins en moins la sécurité d’existence à laquelle tout le monde aspire tandis que les revenus du non travail, de ceux qui vivent de spéculation, de placements, du commerce de l’énergie, explosent.
Nous comptons sur vous, militants, délégués, pour mobiliser autour de vous, dans vos entreprises. Nous avons encore des combats à mener
- pour la justice sociale et le système de sécurité sociale qui en est l’instrument, perfectible sans doute, mais indispensable;
- pour maintenir les droits des travailleurs que l’on veut détricoter;
- pour une répartition plus équitable des revenus;
- pour la démocratie économique qui passe par la représentation des travailleurs dans les PME. Les PME ne peuvent pas rester des zones d’opacité et souvent d’insécurité.
Nous entamerons dès aujourd’hui notre campagne pour les élections sociales.
C’est plus qu’un rendez-vous épisodique. C’est de nos résultats, de notre poids, de notre capacité à nous mobiliser, de la justesse de notre projet, que dépend notre force dans le débat démocratique.
Ensemble, on est plus forts.


16-novembre-2007